Un beau livre d'histoires.  Eyn shön Mayse bukh

Fac-similé de l'editio princeps de Bâle (1602)

Autor/innen

Astrid Starck

Über diese Publikation

À l’époque humaniste, les imprimeurs bâlois se rendirent célèbres par leurs publications yiddish. En 1602, un livre étonnant paraissait à Bâle chez Conrad Waldkirch: il s’agissait d’un imposant recueil de contes, de légendes et de nouvelles, tirés en partie du Talmud et du Midrach, et intitulé le Mayse bukh. Fleuron de la littérature yiddish ancienne, il est aussi populaire aujourd’hui qu’il y a quatre siècles. À toutes les époques, les écrivains yiddish s’en sont inspirés, le plus célèbre d’entre eux étant le prix Nobel de littérature, Isaac Bashevis Singer. Le Mayse bukh raconte les hauts faits des rabbis mystiques depuis l’Antiquité jusqu’à l’aube de l’ère moderne et contient en exclusivité le cycle des rabbis hassidiques rhénans du Moyen Âge, les hasidei-achkénaz. Les femmes y jouent un rôle important: plus de la moitié des histoires comportent un personnage féminin, toujours associé, en bien ou en mal, à un homme: mari, père, beau-frère, amant. Tandis que le mariage constitue le pivot central de la narration, l’éducation et l’érudition féminines jouent un rôle de tout premier plan. Le prologue souligne d’ailleurs que ce livre édifiant est destiné aux femmes – et aux hommes «qui sont comme des femmes» c’est-à-dire ignorants de l’hébreu. Imprimé en caractères spécifiques réservés aux femmes et appelés vayber-taytsh, il est prévu pour la lecture chabbatique à haute voix. La langue yiddish elle-même n’était-elle pas au départ une langue prétendument féminine? Une affirmation non sans conséquence sur le rapport entre les sexes. Les deux traducteurs du Mayse bukh, la féministe Bertha Pappenheim (l’«Anna O» de Freud) et le rabbin et folkloriste Moses Gaster témoignent de la bipolarité de cette œuvre anonyme. Distrayants, ces récits variés mettent en scène la vertu… et le vice, et au-delà, tout un théâtre du monde. On y trouve l’histoire de l’homme qui allaite son enfant, de la femme calomniée, de la famille séparée, de l’enfant volé ou du pape juif, du rabbi changé en loup-garou et tant d’autres. À la confluence de l’Occident et de l’Orient, ce recueil d’une valeur folklorique inestimable est extrêmement précieux pour le mode de vie d’alors, l’histoire des mentalités, les études féminines, l’histoire religieuse et culturelle juives ainsi que les relations judéo-chrétiennes. Il constitue une source inépuisable pour la recherche interdisciplinaire. Pour la première fois, l’édition originale paraît en français en traduction intégrale, avec le fac-similé de l’editio princeps dont il n’existe plus que deux exemplaires au monde.

 

Herausgeber, Band 6

Ueli Dill, Martin Steinmann

Autor/innen-Biografie

Astrid Starck

Astrid Starck, germaniste de formation, s’est spécialisée dans les études yiddish qu’elle a introduites à l’Université de Haute Alsace. Fondatrice du CREDYO (Centre de recherche, d’études et de documentation du yiddish occidental), rédactrice d’une revue unique en son genre, les Cahiers du CREDYO qui portent sur le yiddish en Alsace, elle a publié les actes du premier colloque en France sur Le yiddish occidental: oralité et écriture / Westjiddisch: Mündlichkeit und Schriftlichkeit (Aarau 1994). Son édition bilingue du Mayse bukh constitue une innovation.

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Veröffentlicht

7 May 2026